JOURNAL D’ENTRES – Thomas Arnera

Prologue

Le présent article est issu d’une discussion et d’une proposition qui m’a été faite en février 2020. Voilà ce que j’en ai retenu : « Pourquoi ne proposerais-tu pas une forme au sein de laquelle on découvrirait, à la lecture de ton journal, la manière dont tu interviens avec le journal ». Cette proposition m’a plu, car elle me donne à faire ce que je n’ai pas réussi à faire jusqu’à maintenant, sauf peut-être à l’oral, à savoir de revenir sur ma pratique de journal, son partage, ce qu’il fait émerger. Jusqu’à maintenant, il s’agissait de partages du journal à l’état brut, ou sous forme de lectures, parfois « théâtralisées ». Cependant, il ne s’agit pas dans cet article de produire une analyse à « froid », qui prendrait le dessus sur l’écriture plus intuitive du journal. Cela, pour au moins deux raisons. La première est que je n’ai probablement pas assez de recul. La seconde, qui découle logiquement de la première, est qu’il me semble intéressant de pouvoir interroger une pratique à même sa réalisation, en la partageant. L’idée est donc que le journal puisse se raconter de lui-même, sans donner le primat à mon interprétation ou à mon analyse. C’est, d’une certaine façon, un nouvel espace d’intervention pour le journal. Comment celui-ci fait irruption dans l’espace d’une revue et auprès de lecteur·rice·s ? J’ai donc sélectionné, en partant de mes premiers journaux dactylographiés en 20181, différents passages qui racontent le journal à même son écriture et depuis des expériences de partage in situ.

Le journal, un processus-outil « Entre » action et recherche

La tenue du journal découle d’une réalité, celle de la recherche-action ou de la recherche impliquée. L’action, l’implication donnent à la recherche et à ses outils des espaces flous d’existence. L’action produit des savoirs concrets et, paradoxalement, extrêmement volatils, en suspension dans un air qui se charge des interactions des acteur·rice·s en train de faire, en réunion, en pause clope, au repas, en balade au bout d’une laisse2, etc... Inversement, ces savoirs peuvent aussi être vite enfouis dans l’épaisseur de nos dossiers, cartons d’archives, disques durs, armoires, mémoires. Pour moi qui pédale entre différentes actions avec la prétention d’en faire des objets de recherche, le journal m’est apparu comme l’espace « entre ». L’espace de disponibilité entre les actions mais aussi un espace commun à ces différentes implications. Un espace qui met en lien des réflexions très générales sur le vélo avec celles, très spécifiques, d’une réunion sur « le terrain » ou l’extrait d’une note de lecture avec un mail reçu la veille. J’ai très vite été soumis à la tentation d’ouvrir plusieurs carnets. J’ai fini par m’en tenir à un seul, avec cette idée qu’il viendrait raconter les entres d’un quotidien fragmenté, dont mon expérience constituerait le liant, le médium. Le journal fait ainsi l’expérience des entres avec l’hypothèse, que je m’adresse d’abord à moi-même, qu’à l’heure d’une société urbaine où les quotidiens sont extrêmement fragmentés, spécialisés, nos entres en disent long. Dans une perspective de recherche-action, il m’est apparu très vite que le journal pouvait aussi être un espace qui s’ouvre et se partage, à la manière de ces terrains de recherche qui sont avant tout des espaces auxquels on accède, parce qu’ils sont partagés d’une manière ou d’une autre.

Règle de « je »

Malgré des portes qui semblent aujourd’hui s’ouvrir pour écrire une sociologie à la première personne, l’exercice reste toujours difficile. Pour ma part, il m’a fallu (et encore aujourd’hui) déconstruire plusieurs années de formation à dire « on » ou « nous », depuis mes premières « rédactions », jusqu’aux deux années de master. L’institution universitaire semble encore mettre des freins à celles et ceux qui font ce choix de façon argumentée3. Dans une pratique de recherche impliquée, ou encore de recherche-action, il m’a paru difficilement tenable de ne pas parler au « je ». Une partie du problème s’est évacuée, notamment dans l’écriture, lorsque j’ai accepté de jouer le « je » . Lorsqu’une phrase commence par « je », et que j’écris une demi-vérité derrière, cela vient tout de suite poser un problème, beaucoup plus que lorsque j’utilise les troisièmes personnes. Avec le « je » s’instaure une forme de déontologie avec soi-même. C’est ce passage à la première personne, et tout ce quil représente comme rencontre, comme environnement et comme dynamique de travail, qui m’a conduit à tenir un journal.

Écrire à la première personne tient aussi du dialogue avec soi. Un dialogue qui personnellement me perturbe parfois, me gêne à certains moments, car, à trop écrire sur soi, est-ce qu’on ne finit pas par être un peu trop égocentré ? Mais à trop se dérober de soi-même, n’a-t-on pas tendance à oublier d’où l’on parle ? Ces questions n’ont de valeur que comme questions, selon moi, et à condition qu’elles s’arriment à l’écriture en permanence. C’est aussi là que la problématique du partage du journal intervient, au sens où cette déontologie, hautement subjective, s’offre à l’évaluation, à l’appréciation des autres et, ainsi, à leurs retours.

Le fait de tenir un journal, et de le mobiliser dans l’action, ajoute au questionnement quant au rapport à soi. L’exercice auquel je me prête ici n’échappe pas à cette impression. Pour la présente écriture, j’ai eu la sensation passagère de faire la promotion du journal et, donc, indirectement, de faire ma propre promotion. J’ai ainsi fait le parallèle avec le monde de la cuisine, que j’ai beaucoup fréquenté pour y avoir travail plusieurs années. Je me suis dit, qu’à la manière d’un·e cuisinier·ère, je partage, ici, ce qui me semble être les expériences « réussies » : les recettes que l’on mettrait sur son blog ; les recettes pour lesquelles on éprouve un peu de fierté car elles semblent produire quelque chose d’intéressant et dans lesquelles on a mis son « grain de sel ». Cette image du blog me vient notamment parce qu’au moment d’écrire ces lignes je reçois le cahier #01 « Cuisine d’Ours »4 qui retranscrit, sous la forme d’un petit livret, les recettes partagées sur un blog. Cela vient faire écho à cette pratique de journal et son partage qui s’opèrent à la fois par l’intermédiaire d’un site internet (www.defluences.fr), mais aussi par la production de livrets, de fanzines. Pour le dire dans les termes de Pascal Nicolas-Le Strat, ces formats, parce qu’ils se déploient à-même les situations, apportent « une réactivité propice aux interactions de recherche »5.

Sur ces blogs, on trouve aussi, parfois, des mises en garde, des choses à ne pas faire, en raison d’une expérience précédente plus malheureuse. Bien entendu, la pratique du journal et son partage donnent aussi lieu à des casseroles brûlées, des mauvais dosages, entre critique, réflexivité, académisme, intimité… C’est justement en le partageant qu’on peut s’en rendre compte et en travailler la justesse.

C’est ainsi que ce texte est envisagé. Il raconte une pratique encore en construction, il participe du partage de la recherche en train de se faire. Dans mon cas, le journal fait désormais partie intégrante d’une méthode qui ne se veut pas figée par l’idée même de méthode. Ce qui est partagé dans le présent texte constitue les points d’émergences de ce qui « fait » méthode plutôt que de ce qui « est » méthode. Par exemple, lorsque, dans des situations particulières, le journal, depuis son partage, produit des espaces soumis à confidentialité, mais une confidentialité co-élaborée, qui ne se formalise pas en clauses de confidentialité. Ou, encore, lorsque le fait de le partager stimule des prises de paroles, des écritures et bien sûr des objections vis-à-vis de ce qui y est énoncé. J’espère pouvoir continuer à multiplier les allers-retours entre le journal, les manières de le partager et ma pratique de recherche. Pour l’heure, ce nouveau mode de partage est aussi une façon de revenir vers celles et ceux qui côtoient cette pratique d’entres. Ils sont, tout autant que moi, des praticien·ne·s des entres, que j’aime appeler « entropologues ».

Dans le présent texte, vous trouverez différents registres d’écritures. Principalement des extraits de journaux qui dialoguent les uns avec les autres par un effet de mise en page. Un espace d’explicitation/transition, entre crochets, qui présente le contexte et le processus dans lesquels s’inscrivent les extraits, tout en assurant les transitions entre eux. Enfin, les « notes d’attention » qui viennent ponctuer l’écriture du journal de petites attentions qui sont autant de lignes de fuite pour la recherche en cours. Ce sont des pistes ouvertes par la pratique du journal et par la manière dont il se constitue, aussi, comme matériau pour la recherche. Ces notes jouent également le rôle habituel de « note de bas de page ». Les extraits de journaux n’ont pas été modifiés ou, alors, de façon très minimaliste par souci de compréhension et d’anonymisation. Ils traversent et racontent différents territoires au sein et autour desquels nous6 faisons recherche et où j’ai personnellement formalisé, il y a peu, une recherche doctorale sur les lieux « entre » dans l’espace-temps métropolitain.

Journal d’Entres

{Ce premier extrait, du 23 septembre 2018, est issu d’une expérience, Ville En Résidence, qui prend place en 2018 aux abords de ce qui sera les futurs bâtiments de l’association Lamartine qui occupait alors la friche artistique Lamartine à Lyon. Dans le cadre de son relogement et de ma recherche sur le relogement des lieux intermédiaires, j’ai proposé à la compagnie Augustine Turpaux7, sur la base de ses travaux et créations préalables, une expérience de résidence artistique d’un mois dans un square du quartier afin d’interroger le territoire et notre future implantation à l’intérieur de ses frontières8. Pour prendre part à l’action, au-delà de la pratique théâtrale9, j’ai proposé, pour cette expérience, de partager pour la première fois mon journal. Cette habitude a perduré pendant les résidences suivantes, donnant lieu à ce que j’ai très vite appelé « Journal de bordure »10.}

23 septembre 2018

Alors que je peine à écrire les dernières lignes des deux articles que je me suis engagé à (co)-écrire pour la revue Agencements, me voilà à me lancer dans une toute nouvelle expérience d’écriture, celle du présent journal. Cela m’évoque plusieurs choses. D’une part, l’importance que l’écriture est en train de prendre dans mon activité de recherche11, une pratique désormais quotidienne, que cela soit celle de l’écriture d’articles, de la tenue d’un carnet de recherche, mais aussi de terrain. D’autre part, cela renvoie à la réalité de mon activité, au sens où celle-ci est bien réelle, à vif, elle prend forme dans cette chorégraphie contrôlée/incontrôlée. Contrôlée, parce que je parviens à orienter ma pratique. Incontrôlée, parce que la direction que je lui donne la place en situation d’expérimentation, soumettant cette dernière à une forte indétermination. Par ailleurs, cela m’évoque la diversité des modes d’écriture possibles (diaire, d’articles, de correspondances, de mises en récit, dramaturgique)12 et mon appétit pour partir en exploration, à leur découverte. J’ai ainsi découvert, ces deux dernières années, les champs qu’ouvre l’écriture, au travers des différentes formes qu’elle peut prendre, notamment dans la perspective d’une recherche relationnelle (une recherche qui entre en relation et entre les relations). L’écriture n’est pas seulement un outil de restitution, elle participe pleinement à l’expérimentation, elle la constitue.

Pour cette expérience de résidence artistique dans l’espace public, je souhaite que le journal, depuis son partage, participe de cette expérimentation. Le partage se déroule dans les termes suivants : tenir un journal quotidien, pendant la durée du projet Ville En Résidence, et le partager quotidiennement avec les membres de la compagnie. Nous avons décidé collectivement que ce journal serait lu chaque matin, à voix haute, et que je le partagerai également sous forme écrite, par mail, avant ou après la lecture selon... Je l’écris pour qu’il soit partagé avec d’autres personnes que les membres de la compagnie, notamment les ami·e·s chercheur·eurse·s, avec qui il devient indispensable de partager de telles expériences. Ce second cercle de partage n’est pas un objectif en soi et, s’il a lieu, il sera soumis à conditions, principalement l’aval des membres de la compagnie. Cela soumettra peut-être l’écriture à des modifications pour permettre son partage. Si cela a du sens, les cercles pourront s’élargir, mais probablement sur un mode de partage très différent.

Je n’ai pas encore déterminé le mode d’écriture, dactylographié ou manuscrit. Pour l’instant, j’ai choisi d’écrire à l’ordinateur, parce que je tiens habituellement un carnet manuscrit et que c’est l’occasion de travailler cette forme d’écriture sur un autre support, même si cela va en contradiction avec mon souhait de me détacher de l’écran, particulièrement pendant cette période de résidence. Peut-être reviendrai-je à la forme manuscrite, ou, peut-être, alternerai-je pour y ajouter d’autres mediums, des dessins, des photos ou toute autre documentation qui pourrait venir appuyer ou plutôt soutenir cette aventure.

Je note que, spontanément, j’ai choisi de ne pas m’adresser, dans le registre d’écriture, aux amis de la compagnie. Je l’écris donc comme je tiens habituellement mes carnets, comme un dialogue avec moi-même, mais avec cette envie de partage, afin de profiter de la confiance que nous avons créée entre nous, comme compagnie, pour leur ouvrir ce dialogue.

{Les extraits qui suivent sont issus d’un tout autre contexte, celui du projet Un Futur Retrouvé, un accompagnement artistique de trois ans dans un quartier dit QPV (Quartier Politique de la Ville) à Lyon. Un Futur Retrouvé s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération de rénovation urbaine, entamée depuis plus de deux ans. Ce projet, initié par la compagnie Augustine Turpaux et co-construit avec le collectif d’architectes Pourquoi Pas !? et moi-même, prend place dans le quartier depuis un appartement laissé vacant, mis à disposition par le bailleur social (l’un des financeurs du projet avec la Ville et le Commissariat Général à l’Égalité des Territoires). Pour notre premier printemps, et peu de temps après notre installation dans l’appartement, nous avons accueilli, à l’initiative des Pourquoi Pas !?, un workshop d’étudiant·e·s de l’école d’architecture de Montpellier. Durant une semaine, les étudiant·e·s devaient prendre part à l’accompagnement artistique. Le projet que nous avions déposé, et qui a été retenu en juillet 2018, s’organisait, entre autres, autour d’un espace mobile (caravane, roulotte) à déplacer dans l’espace public au gré des démolitions/reconstructions. Face aux difficultés rencontrées, pour cette réalisation, nous nous sommes vus attribuer un appartement. Cette attribution d’un espace de travail, nécessaire pour le déroulement du projet, est venue, a contrario de ce que nous souhaitions développer (à savoir un projet en porosité avec l’espace public), introduire du « dedans », du confort. Nous nous sommes saisis de l’opportunité du workshop pour penser une construction qui permet au projet d’exister et d’être identifié dans l’espace public. Un espace de rencontre, mais aussi un espace de travail, individuel et collectif.

Durant cette semaine, j’ai proposé, à l’instar de l’expérience dans le square, de partager mon journal que je ne partageais jusqu’à présent qu’avec la compagnie et le collectif d’architectes. C’est une première expérience de partage élargie. D’une certaine façon, dans une logique similaire du dispositif mobile et à une échelle plus individuelle, le partage du journal vient questionner la manière dont une pratique « intérieure » se donne à exister publiquement.}

22 avril 2019

Ce matin, nous accueillons l'Intensif d'architecture HLM (« Hors les murs ») : treize étudiant·e·s en archi de Montpellier nous rejoignent sur un projet dans l’agglomération lyonnaise. Nous avons rendez-vous au 1 rue Gaston Cotte à 9h30, j'arrive à 9 heures pour ouvrir à Yannick, Laurène, Amandine et Etienne (le référent pédagogique et les membres du collectifs Pourquoi Pas !?). Je repars pour chercher café et jus pour accompagner les viennoiseries qu'illes ont apportées, quand je reviens les étudiant·e·s sont là, en partie, les autres nous rejoignent quelques minutes plus tard. Je me fais très vite la remarque que la répartition femme/homme est très inégale (dix femmes pour trois hommes).

Je ne suis pas angoissé, je n'ai pas préparé grand-chose, juste quelques axes à présenter. J'ai seulement envoyé un message, hier, sur la plateforme permettant d’échanger des documents pendant le workshop, pour évoquer tardivement quelques idées et partager deux publications.

23 avril 2019

Après avoir corrigé un peu mon journal, je me saisis de la « charrette »13, libérée de l'arbre qui lui avait fait prendre racine depuis 5 ans à l'entrée du jardin de ma colocation. Moins d'ombre pour mon frère, plus de bois pour nos futurs barbecues... Moi qui suis un peu dans l'émotif vis-à-vis de ma colocation, je vois, dans le départ de la calèche qui avait élu domicile ici, un symbole des changements à venir14. J'arrive devant l'appartement et, comme autre symbole, cette fois-ci de notre présence dans le quartier, c'est madame Benarbia, l'ancienne voisine de l'étage inférieur qui m'accueille en rigolant de me voir ainsi accompagné. Elle attend là, sous le porche, pour éviter la pluie, avant de réaliser son état des lieux de sortie. Les occupant·e·s de l'appartement (étudiant·e·s et membres du projet) descendent voir la charrette. Nous remontons, je sors le journal du jour et deux autres que je cite dans celui du jour. Yannick propose que le journal soit lu à haute voix par un·e étudiant·e. Finalement, on fait tourner le journal, paragraphe par paragraphe. Je le vis comme une première expérience très intéressante avec autant de monde. Je perçois également ce moment comme une expérience pédagogique collective, qui s'adresse à l'ensemble de la salle sans exception, me semble-t-il15.

26 avril 2019

Dans l'appartement, dans l'espace institutionnel, celui qui nous a été donné par l'institution et qui s'est institué comme l'espace de confort cette semaine (chauffé, couvert…), j’entrevois la possibilité de faire lire le journal à nos trois invité·e·s du jour16. Illes prennent la parole pour nous faire la présentation de différents enjeux de la politique de la ville et de notre présence dans le quartier (celle du projet Un Futur Retrouvé). Malgré le fait que je commence à mieux connaître ce discours, j'accroche des éléments nouveaux, des éléments de compréhension du contexte propre aux quartiers concernés par la politique de la ville. Cependant, c'est bien l'idée de faire expérience différemment qui m'intéresse le plus, d'initier un début d'expérience collective. La lecture du journal, avec nos trois invitées, est une manière de commencer.

Par ailleurs, chacune de ces rencontres fait exister des postures et parle un peu plus de « l'Institution » et des institutions17, que ce soit Sciences-Po, l’université, le bailleur ou encore les collectivités. Chacune de ces postures, qui ne se confond pas avec l’individu qui l’incarne, me semble raconter l’institution depuis laquelle elle se construit et, notamment, du rapport au pouvoir et de sa distribution dans l’institution, et plus largement dans la société. Les traits communs entre les postures dessinent peut-être les contours flous de l’Institution qui serait un rapport dominant de pouvoir, auquel les membres d’une même société ou communauté sont « soumi·e·s », que j’envisage dans notre cas sur un mode masculiniste, descendant, blanc et expert.

Qu'est-ce qui s'institue, chez une personne, dans sa relation à l'institué ? Comment l'institution forme et transforme ? D'où, peut-être, l'hypothèse de partager les moments instituants de nos pratiques, comme l'expérience de journal de cette semaine en « lecture publique ». Ce sont des moments de « formes » pour ne pas dire de formations. C'est quand quelque chose prend « forme » que le travail du commun peut opérer, peut-être ?

{Ce jour-là, nos invité·s ont ainsi participé au tour de table. Étant assis·e·s côte-à-côte, ces dernies ont fini la lecture du jour, dont voici l’extrait. Le journal a ainsi créé, très modestement, un espace d’expérience collective en invitant nos intervenantes dans la ronde des lecteur·rice·s. Par hasard, il se trouve que le journal se terminait par une réflexion décalée autour de la co-construction, en prise avec le vent, qui a soufflé fort sur l’ensemble de la semaine embarquant avec lui planches, bâches et tournevis}

Jeudi 25 avril

...

Le contre-vent, c'est marrant ce mot. Je l'ai entendu plusieurs fois, sans savoir ce qu'il signifiait précisément, dans la bouche des étudiant·e·s. Le contre-vent, la horde, ce corps collectif qui se mobilise face au vent pour contrer18. Il y a neuf formes de vent – et cela mériterait déjà une relecture tant le livre est chouette et que les détails s'en vont déjà. Je pense au Furvent, au Slamino, au Krivetz, mais il y en bien d'autres, dont les trois dernières sont plutôt mystiques, je crois. Je pense à ces neuf formes qui peuvent permettre de venir plus en détail sur l'idée d'intermédiation. On pourrait imaginer, très aléatoirement, qu'il y a neuf formes de co-construction, elles-mêmes subdivisées en trois sous-parties, correspondant aux écologies de Guattari19 : mentale, sociale, environnementale. Le premier niveau, mental, signifierait qu'il y a trois formes de co-construction avec soi-même. On pourrait dire, tout aussi aléatoirement, l'intuition, l'auto-critique ou réflexivité et, enfin, la « décentralisation de soi » : comment je vis avec un ensemble organique, qui ne se réduit pas au cerveau. Une réflexion qui serait en lien avec l’intentionnalité, les gestes, les frissons. Le niveau social : comment je co-construis avec un·e individue, comment ce groupe, que nous formons, construit avec un autre groupe et comment, ensuite, ces groupes co-construisent un commun, c'est-à-dire quelque chose d’inappropriable et, paradoxalement, appartenant un peu à tout le monde. Le troisième niveau, environnemental, se rapprocherait plus de l'écologie comme on l'entend au sens commun, dans un rapport de préservation et d’attention à l’environnement naturel, urbain. La co-construction avec l'environnement recouvrerait quelque chose de particulier, et une posture à la limite du fantastique sur la neuvième forme. Des formes qui se rapprocheraient de ce que j'appellerais la symbiose, un travail d'annaturation plutôt que d'acculturation, dans la perspective des catastrophes culturelles en cours, aussi préoccupantes (et indissociables) que les fameuses catastrophes naturelles que l’on connaît, sans pour autant les écouter.

27 et 28 avril 2019

L'approche pédagogique de Yannick m'a permis de prendre, encore une fois, la mesure de l'importance des Fabriques de sociologie20 dans ma façon de travailler et d'être attentif à certaines choses. Il y a eu, pour moi, quelque chose de l'ordre de l'expérience pédagogique et de la co-formation durant l'ensemble de la semaine. À cet endroit-là, le journal s'est réellement constitué comme outil relationnel et pédagogique21. Il m'a permis de prendre place de façon singulière dans la semaine d’ateliers avec ma pratique de sociologie politique, et peut-être d'apporter une modeste contribution également sur le plan pédagogique. Certaines écritures sont sorties, et cela ne tient pas forcément à la lecture de mon journal, mais je ne doute pas qu'il ait contribué à valoriser cette pratique de l'écriture auprès de certains et de certaines des étudiant·e·s.

L'expérimentation nous perd et, en l’écrivant, je réalise que c'est important. Il y a, ici, l'idée d’un sens de l'orientation. Comment s'orienter dans sa recherche ? Comment parvenir à revenir à l'objet, à la politique publique, quand l'effort se concentre sur la tenue d'un journal ou sur la participation à un workshop d'étudiant·e·s en archi et sur la mise en récit de l'expérience collective dans laquelle s’insère ce workshop ? Il est tentant de s'arrêter au commentaire des situations, sans y prendre part, et de fabriquer, à rebours de l'action observée, une critique de laquelle on a le loisir de s’exclure ou non. Le journal de cette semaine, si je perçois les effets positifs qu'il a pu avoir, a peut-être perdu sa dimension critique de l'action in situ, mais il a permis d'ouvrir des espaces de discussions. En évoquant certains sujets, comme le rapport à l’institution ou la distribution des corps dans l’espace, il permet d’accompagner l’action collective de ces questionnements qui ont une portée critique. Le journal ne produit pas seul la critique, mais, par le partage de questionnements, il permet d’ouvrir des espaces de discussion et peut, ainsi, favoriser le déploiement d’une critique à -même l’action. Par ailleurs, le journal ne fait pas la recherche, il y contribue, et la critique que l'on construit par la recherche n'est pas circonscrite à cet outil. [...]

`

{Une tension, non résolue, autour de cette dimension critique d’une sociologie et, plus encore, d’une sociologie impliquée, traverse la tenue du journal et son partage en situation d’action et de recherche collective. À ce titre, cette pratique construit une forme de responsabilité vis-à-vis du groupe, responsabilité mise à l’épreuve dans l’écriture et le partage du journal, à l’image de cet extrait du mois de juillet 2019 qui vient dialoguer a posteriori avec l’extrait précédent.}

30 juillet 2019

Je sens une phase de transition dans la tenue du journal due à une tension entre oral et écrit. Qu'est-ce qui doit être dit à l'écrit, qu'est-ce qui doit être dit à l'oral, l'un et l'autre dans un contexte de partage ? Je n'ai pas le temps de tenir deux journaux qui traiteraient d'un même sujet mais un ayant vocation à être partagé, l'autre ayant vocation à rester intime. Cependant, tout peut se dire, dès lors que s'opère une traduction, qu'une (auto)critique se traduit en questionnement ou en proposition22. Car, si la critique est nécessaire, elle ne se suffit pas à elle-même, une évidence qui reste cependant à souligner. Une critique à elle seule ne change pas, a priori, ce qu'elle critique. Elle suppose qu’elle va permettre depuis sa réception un changement. Cela supposerait également que la critique est juste, ce qui bien souvent nécessite une démonstration que le ou la critique n'est pas nécessairement en mesure de faire seul·e. Cela peut, bien au contraire, créer de l'antagonisme ou creuser un fossé entre celui qui s'octroie, ou à qui on octroie le droit de faire une critique, et celles et ceux qui la reçoivent parfois de plein fouet, la tête dans le guidon, dans l'action, sans que ne soient produit individuellement ou collectivement les moyens de la réceptionner. Dans le cas d'une auto-critique, on mesure plus facilement ces différents éléments.

Suite 27 et 28 avril 2019

[…] L'expérience du journal pose la question du rapport utilité / inutilité de nos pratiques, de nos postures. J'ai le sentiment que l'appréciation, plutôt positive, de l'utilité m'est venue des étudiant·e·s et occupant·e·s de la semaine. Jusqu'à tard dans la semaine, je ne savais pas trop qu’en penser. Mais l'utilité peut avoir pour effet de biaiser la recherche par effet de commande et j'entends ici la mise en garde d'Yves Bonny au séminaire de LISRA et du GIS23 Démocratie participative24. Ce besoin d'être utile déforme l'exercice et, s'il est important de pouvoir décaler sa méthode, il faut rester vigilant, je crois, face à tout biais utilitariste. L'expérience de rendre public, en direct, le journal, vient modifier le mode d'écriture, y compris parce que je ne suis pas en pleine maîtrise (et c'est souhaitable, je crois) de mon écriture. L'écriture de cette dernière journée est symptomatique d'une écriture qui ne s'écrit plus seule ou exclusivement pour moi.

Mais cette non-maîtrise pose aussi la question de la maladresse inhérente à l'exercice, à la fois en termes sensibles (blesser quelqu'un, mettre dans l’inconfort, se mettre dans une posture de livreur d'affects, ne s'adresser qu'aux personnes qui maîtrisent le français dans la salle), à la fois sur le plan technique et déontologique (anonymisation des personnes et des lieux, prendre soin du projet). Sur le plan de l'inutilité, je ne doute pas que le journal en remplisse les critères également, d'une certaine manière, c'est ce qui m'amuse quand celui-ci prend soudainement une forme d'utilité. Par ailleurs, l'utilité et l'inutilité ne sont pas des états fixes, ils sont liés encore une fois à des processus et des contextes. Un processus agit différemment selon le contexte où il s'inscrit. Je pense à la « mode » qui rend utile des choses qui semblaient complètement désuètes, mais cet exemple ne me rassure pas, mais je n'ai pas besoin d'être rassuré à ce niveau-là.

17 janvier 2020

En écrivant, je repense à ma discussion avec Darius, quand celui-ci me demande si le journal ralentit le temps. Je lui réponds que le journal donne de l’épaisseur au temps, produit de l’espace-temps.

{Avec Darius – venu faire un stage au sein du collectif Pourquoi Pas !? en janvier 2020, étudiant de Montpellier lui aussi –, nous avons « compagnonné », notamment dans la réalisation collective d’un court documentaire et d’un ciné-garage sur le projet Un Futur Retrouvé. Sa question m’a donné à méditer sur le ou les gestes qu’implique cette pratique du journal. C’est à la fois habiter les temporalités : qu’est-ce que cela génère de revenir quasiment quotidiennement sur sa journée, de l’écrire, et possiblement d’en faire autre chose que ce qu’elle est déjà ? J’imagine alors la tenue du journal comme la possibilité de garder la main sur son quotidien. De (re)lire pour soi-même ce qu’il produit et écrit comme récit de la ville, des passages étroits que nos trajectoires tracent dans cet espace-temps qui se densifie sans cesse un peu plus. L’interprétation, ainsi faite de sa propre journée, n’est pas à envisager comme en dehors du quotidien mais au contraire comme faisant intégralement partie de celui-ci, un geste de chaque jour. La tenue du journal permet ainsi de prendre « littéralement » le temps.

C’est aussi pouvoir se jouer des temporalités, s’en défier. Entendu comme la façon dont le journal devient le prétexte de défis que l’on peut se lancer à soi-même : « et si je tentais ça ? » ou, plutôt, « comment je tente ça ? ». Le partage produit un espace potentiel a-temporel où les différentes formes de « présent » (présents passés ou archivés, présents immédiats et présents à venir) s’entremêlent. Les extraits qui suivent viennent illustrer cela. Ce sont différents moments du projet Ville En Résidence, déjà présenté plus haut. Ce projet a vu se réaliser trois résidences dans l’espace public. À chacune d’elle, le journal s’est décalé dans l’usage qui en était fait. D’abord comme outil d’accompagnement et de suivi, il a aussi permis, aux nouvelles et nouveaux arrivant·e·s, d’accéder au travail réalisé précédemment. Lors de la troisième résidence, j’ai pu le partager sous forme de livret aux usager·ère·s du square et aux curieux·euse·s. Il est aussi devenu le matériau d’une courte performance de lecture gesticulée. Enfin, il se partage dans les lignes qui suivent25}

30 septembre et 1er Octobre 2018

Je fais ici la synthèse des deux derniers jours, car je me suis un peu décalé dans l’écriture, notamment parce que j’écris souvent d’un côté de l’heure frontière plutôt que de l’autre, après 00:00. L’écriture reste quotidienne, indépendamment des moments consacrés à le taper sur l’ordinateur car, finalement, ce journal s’écrit à coup de petites notes grattouillées ici et là, sur un coin de page ou de cerveau.

Le projet reprenant dans le square jeudi, j’en ai profité pour relire l’ensemble du journal depuis dimanche dernier, date de son ouverture. Je prends la tenue de ce journal comme un véritable exercice de relecture, avec une attention particulière aux fautes de grammaire et d’orthographe, ainsi qu’à la syntaxe. J’en profite donc pour m’entraîner, à la fois à l’écriture (plus attentive), à la fois à la relecture qui, avec la revue Agencements, m’apparaît aujourd’hui comme une vraie compétence à développer, pour la relecture de mes propres textes mais, surtout, pour être plus à même de me proposer en relecteur d’articles d’autres contributeur·rice·s. Je corrige donc mes fautes et les surligne au stabilo vert, pour les reporter plus facilement sur l’ordinateur. Le rose surligne les grandes idées qui ressortent de cette première semaine. Il y aura encore beaucoup de coquilles malgré cela. . .

Il y a l’idée de l’écriture comme expérience, j’en fais état dans les lignes ci-dessus ; l’expérience de la tenue d’un journal, son partage, donne à travailler au-delà de l’écriture dans son sens concret. J’éprouve cette idée d’écriture comme constituante de l’expérience de recherche, et plus particulièrement d’une recherche relationnelle (qui entre en relation et entre les relations, cf. journal 23/09/2018). Le mode d’écriture prend finalement une forme hybride, entre forme manuscrite et forme dactylographiée.

8 janvier 2020

Écrire le journal du jour est compliqué. Après le foot, et cette journée intense, je me sens logiquement fatigué. À bout de souffle, de soif et de cerveau. Pourtant, c’est là période où le journal prend le plus de sens sur le plan de ma recherche. En terme de production, de partage, de remise en jeu, de transformation. Il me donne à m’exposer, je le distribue de façon plus consciente, sans vraiment savoir quelle va en être la réception. À Michaël ou à Marine, par exemple. Je m’apprête à en publier une partie sur le blog Palimpseste du CCO26. Avant d’écrire le journal du jour, je relis celui tenu pendant la résidence dans l’espace public27. Même si je me souviens encore de ce qui s’est passé, le journal me permet de me replonger dans l’ambiance, de revivre les moments « comme si j’y étais ». Certains passages sont bien écrits, en les lisant, je me dis que cela pourrait être la forme de demain28. Une lecture lente, posée, en déambulation dans l’exposition, en fonction de ce qui est dit dans le journal. Ça pourrait être chouette. Moi qui ne voulais pas reproduire la performance de la première soirée et qui souhaitais partager un peu plus la dimension « recherche »29. Le fait de reproduire la même chose me gêne, ou peut-être que la gêne est une excuse. À l’inverse du journal, qui conserve une forme de spontanéité, j’ai l’impression que la performance de la première soirée avait la fraîcheur de la déambulation qui s’était achevée la veille. Là, plusieurs semaines après la déambulation, quelque chose est retombée. En relisant mon journal, pour retrouver cette fraîcheur, l’idée émerge de pouvoir le lire et de croiser cette lecture avec la performance, tout en diminuant la place de l’improvisation.

10 janvier 2020

Une journée importante hier. J’ai finalement décidé de faire cette soirée, malgré l’hésitation jusqu’à hier matin. J’ai eu un peu peur au début, très peu de personnes sont présentes. Nous formons un petit comité d’une quinzaine de personne pour finir.

J’ai finalement pris la décision de lire mon journal, et de le faire de façon vivante en y intégrant des moments de jeu. Une nouvelle façon d’exploiter le journal, quasiment à même l’écriture. Jusqu’au dernier moment, je n’étais pas sûr. Là encore, j’ai bénéficié de la présence d’Amaël30, au-delà de la qualité et l’importance de son travail, pour lui faire part de mes doutes. Il me rassure, me donne son avis. Ok, je me lance.

Le soir, donc, entre des discussions, l’arrachage par le vent du lourd portail installé par la ville, je me saisis de mon journal et je me lance.

Il me semble que ma lecture est bonne, pas tout du long mais majoritairement ça marche. Je crois ne pas aller trop vite et parler suffisamment fort. J’entends, de part et d’autre, des rires qui me rassurent. J’ai le temps d’être surpris, car je ne m’attendais pas à ce que les gens rient, plutôt à ce qu’ils s’ennuient. Je tourne autour du mannequin habillé de mon costume et, parfois, je m’arrête pour « jouer », un peu comme lors de la première performance. Je me détache de mes feuilles et j’interprète les situations. [...]

{Voici un extrait de cette « lecture-jouée » ce soir-là. Il retrace une sortie dans le quartier intégralement costumé en « homme-chien »}

13 décembre 2019

« Des jeunes, probablement des collégien·ne·s, m’interpellent, smartphones à la main elleux aussi31, illes me sifflent, me crient des « monsieur ! », des « pélo ! », illes s’approchent de moi, puis s’écartent quand je regarde. J’avais prévu de rejoindre le square pour y faire un passage, en espérant que des connaissances humaines et canines s’y trouvent. Le square est vide, mais une horde de collégien·ne, provenant du collège attenant au square, s’agglutine autour de moi et me suit dans le square. Au plus fort, j’en vois au moins 30 debout, en face et assis à côté de moi (pour les plus téméraires) sur un banc du square. L’un d’entre elleux est hystérique et crie tout en se/nous filmant (snapchat je crois). Un autre prend des petits cailloux qu’il semble vouloir me jeter dessus, je le regarde, il se ravise avec un sourire coupable. D’autres, dans la troupe, posent des questions, calmes, curieux de cette situation, de ma présence, de mon costume. D’autres, moins nombreux·euses, restent dans la provocation et ne lâchent pas. Certain·e·s se demandent comment interagir avec moi et me tendent la main pour la serrer. Je la serre comme pour jouer un animal qui accepterait de tendre la patte quand on la lui demande. On me demande mon prénom que je donne à nouveau32.

Je me fais examiner les cheveux pour vérifier que ce n’est pas une perruque. Je livre peu d’informations et maintiens le mystère. Certain·e·s ont peur, quand d’autres me demandent des selfies, notamment une personne qui insulte un peu tout le monde, moi y compris. Je comprends que c’est sa façon d’exister dans la horde. En faisant peu, je teste leur patience et je tente d’inverser la situation. Je n’ai pas de quoi leur offrir un spectacle autre que celui de cette présence mystérieuse malheureusement. Mais, à la question de pourquoi je suis là, je réponds que je marche sur la frontière. Quelle frontière ? Me demande-t-on. Je réponds : celle entre Lyon et Villeurbanne. L’évocation de cette frontière suscite un vif et bref débat entre celleux qui pensent qu’elle n’existe pas et celleux qui affirment que si. Je sous-estimais l’attraction que je constituais en cette fin de semaine à la sortie des cours, mais, intérieurement, je redoutais cette situation que j’avais envisagée. Les collégien·ne·s, encore plus que les autres33, sont des publics très cruels et d’une violence entre elleux que je trouve difficilement supportable. Il faut être patient et futé. Un vrai défi pour moi.

Le moment dure entre dix et quinze longues minutes, peut-être plus. Les collégien·nes sont entre la peur, l’intrigue, la moquerie. Petit à petit, je sens que je prends l’avantage, les rebel·les du début deviennent plus clément·e·s, la moquerie et la violence verbale laissent petit à petit place à l’amusement collectif. Sous mon masque, je me prends à sourire et rire à deux trois réflexions qu’illes me lancent ou qu’illes se lancent entre elleux. La situation est intéressante mais je ne suis pas non plus très à l’aise. Je me lève pour terminer mon parcours à la friche, qui se trouve à quelques mètres de là. Je m’inquiète, l’un·e d’elleux dans la troupe dit dans mon dos : « viens, on lui met une tarte ». Je me dis que si l’un d’entre elleux joue la violence physique, cela pourrait créer un effet d’entraînement et rendrait la situation problématique. C’était simplement une phrase en l’air, probablement pour intéresser à ce moment-là. En choisissant de prendre la direction de la friche, je scinde la troupe, les plus véhément·e·s restent près de moi, quitte à ne pas aller dans la bonne direction, les autres s’en vont.

À ce moment là, illes changent d’attitude. Le garçon hystérique se calme, tout comme la photographe frénétique. Illes me posent des questions, plus calmement. Je prends alors moi aussi un ton plus naturel pour leur répondre. Elle me demande :

- « Mais monsieur, en vrai, vous faites quoi là ? ».

Je réponds :

- Est-ce qu’on doit toujours avoir une raison d’être là ?

- Non, mais en vrai ?

Et je réponds sans trop réfléchir :

- Comme ça, ça vous change de d’habitude.

Sans le préméditer, je vois à son expression que cette réponse toute simple fait tilt chez elle. Elle valide, et me dit, toujours sur le même ton, que « c’est cool ». Elle répète, enjouée, la discussion à son ami tout en continuant à insulter des filles au loin, qu’elle traite de copieuses, a priori pour leur sac en y ajoutant d’autres insultes assez tristes. »

Suite du 10 janvier 2020

[…] J’ai des retours positifs sur l’exercice auquel je viens de me prêter. Intérieurement, je suis ravi. Des retours de toutes sortes mais très intéressants, outre ceux flatteurs, comme ceux de deux personnes qui me disent que j’aurais pu en lire beaucoup plus. Ce qu’illes ne savent pas, c’est que j’ai sélectionné les passages qui me semblaient les mieux écrits et les plus vivants. Lire le tout aurait été probablement indigeste et un peu ennuyeux au bout d’un moment. C’est donc une invitation pour moi à soigner un peu plus mon écriture, parce que ce sont les passages où l’écriture était la plus fluide que j’ai pu utiliser de façon quasiment instantanée, sans retouche, et en lecture seule34.

Un autre retour concerne le récit en lui-même. Une personne me dit qu’elle apprécie grandement le fait de lire la situation depuis mon point de vue, plutôt que sur le mode de « l'extrapolation sociologique ». Je n’ai plus en tête ses mots, mais elle décrit assez finement ce que le moment a produit chez elle. Je le retranscris ici comme le fait qu’elle ait pu réécrire la situation depuis son propre vécu. Elle touche à ce que je considère de plus important dans la mise en récit : la capacité à produire des écritures et réécritures, et à travailler possiblement un commun. Le retour de Pauline est, lui aussi, très intéressant car elle « file la métaphore » que j’ai avancée dans le journal. Elle interprète ce que j’ai partagé d’une manière que je n’avais pas envisagée. Elle me parle « d’apprivoisement des jeunes ». Illes « m’ont apprivoisé », ou ont tenté de le faire selon elle. Cela me permet de lire la situation différemment. En y repensant, il est vrai que la situation, telle que je la décris, fait état d’un jeu qui s’apparente à un rapport de domestication.

5 septembre 2019

« Comment tenir son journal ? » est une question que je me suis posé hier, mais peut-être aussi avant-hier. Ce présent journal, par exemple, est écrit le 6 au matin, qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce qu'il faut que j'écrive la date du jour en entête, ou celle de la veille comme je le fais ici ? Tout dépend si j’explicite : « le journal du jour fait état de la veille ». Un journal qui parle de la veille, c'est ce qui se passe en général dans la presse, sauf, désormais, avec internet où certains sites de presse papier commentent l'actualité quasiment à-même les faits. D’ailleurs, cela distingue souvent pour moi information et commentaire. L'écriture au jour le jour m'invite souvent à un récit chronologique de la journée, sauf quand la journée produit une sorte de récit qui amène à agencer les moments dans un autre ordre. Le choix de l'ordre chronologique peut aussi faire l'objet d'un récit mais, pour moi, c'est souvent une suite d'évènements reliés ou non. Le journal doit-il être un récit ? Je ne crois pas. Il est ce qu'il est, il se suffit à lui-même. Il doit accepter la banalité, et la banalité doit être acceptée par celle ou celui qui décide de le lire. On peut toujours s'arrêter. Ou on peut aller au bout et se demander ce qui fait écho à sa propre banalité, routine, quotidienneté. La lecture et réécriture de la banalité sont ainsi moins banales. Sa vocation première n'est finalement pas d'informer.

Avec l'écriture du journal, une routine se substitue à une autre. Au lieu de commencer par le projet de thèse, je m'astreins à terminer et corriger le journal commencé la veille. Puisqu'en ce moment je travaille la rigueur de l'écriture, je profite de l'écriture du journal (une écriture spontanée, presque parlée) pour être mon propre correcteur sévère, insistant sur les tirets, les accents, les espaces en trop, les pluriels, les constructions. Une expérience d'auto-maître-ignorant, pour reprendre les termes de Rancière. Là, il s'agit réellement de gain de temps, de faire métier. Quand l'écriture devient un outil de travail, je crois qu'il faut être vigilant à plusieurs endroits. À veiller à ce que cela reste un plaisir et, paradoxalement, il y a quelque chose de systématique à choper pour cela, sinon on passe trop de temps à se corriger et on finit par ne plus y prendre de plaisir.

Cela me fait indirectement ou directement penser à la question du dressage, que je lis il y a quelques minutes dans le livre de Christophe Blanchard35. Le dressage, selon un spécialiste de la question canine et selon certains dresseurs, est un moyen pour le chien de gagner en autonomie. « Le chien joue mais ne travaille pas » (p. 33). Le terme « dresser » est d'ailleurs explicite, il veut dire faire tenir droit, à la verticale, il est l'exemple même du rapport anthropocentré que nous avons à l'animal. Un dressage, s'il permet une autonomie plus grande, il s'agit bien d'une autonomie dans le monde des hommes. Un animal qui n'est pas dressé reste à l'état sauvage, donc en danger à l'heure actuelle... Se dresser soi-même reviendrait à prendre son autonomie mais dans un monde humain qui est en train de se fermer à tout autre mode d'existence, en cherchant à tout domestiquer. Garder le plaisir, donc à cet endroit-là. Ne pas se laisser domestiquer par sa propre espèce (refus de l'esclavage ou de l'exploitation) mais, peut-être, se laisser un peu « dresser » par les autres espèces, s'ouvrir à d'autres rapports au monde, à d'autres systèmes de sens.

Le journal est un espace de plaisir et, d'ailleurs, la présente écriture sort du commentaire assez « naturellement », même si elle découle directement d'une réflexion sur la nature de cette écriture.

Inclusion

La première version de cet article se terminait par l’extrait ci-dessus, qui me semble toujours jouer le rôle de conclusion36. Il permet de finir sur une note « méta » à propos de l’écriture du journal et son partage. Il ouvre des possibles pour l’écriture au travers de l’attention à d’autres systèmes de sens, qu’ils soient humains ou non-humains. J’avais donc fait ce choix, peut-être par facilité, mais aussi dans l’idée que l’article peut rejouer l’approche qui considère qu’un journal ne se conclue peut-être pas, mais que l’écriture « s’arrête »37. Si l’écriture s’arrête, les réécritures, elles, peuvent se multiplier grâce aux différentes lectures permises par son partage. Alors, pour « inclure », et à la manière dont j’entends partager le journal dont il est question dans cet article, je laisse la main à celles et ceux qui ont pris le temps de le lire (vous) pour conclure. Cela, en considérant que votre lecture vient réécrire le texte depuis ce que le propos est venu toucher, questionner (en positif ou en négatif) chez vous. À la façon de l’écriture d’un journal, cette réécriture peut être simplement pour soi, et être réengagée anonymement et intimement dans son quotidien, ou, alors, elle peut être partagée d’une manière ou d’une autre. En ce qui me concerne, je recevrai très positivement vos réécritures, qui seront autant de conclusions et d’ouvertures possibles pour ce texte et ceux à venir.

1Je tiens un journal depuis 2016 réservé à des expérience précises, une écriture manuscrite, personnelle dans des carnets dédiés. Le support est parfois imposé par la nature de l’expérience. Depuis 2018, cette pratique s’est intensifiée et généralisée à mon quotidien. C’est aussi l’année des premiers partages qui, par manque de temps, m’a conduit à tenir le journal de façon dactylographiée.

2Je fais ici référence aux acteur·rice·s non-humain·e s et, plus spécifiquement, à des travaux dans un square fréquenté autant par des humain·e·s ainsi que des chien·n·e·s. Ces dernier·ère·s semblaient avides d’espaces intra-spécifiques (entre membre d’une même espèce), « dé-laissés » des humain·e·s.

3Je m’en tiens, ici, aux expériences partagées d’ami·e·s en master et en doctorat.

4Koskas « Ours », Yves. (2020). Cuisine d’Ours. Cahier #01. Puéchabon, France : Ours éditions.

5Nicolas-Le Strat, Pascal. (2014). Une sociologie des activités créatives-intellectuelles. Sainte-Gemme, France : Presses Universitaires de Sainte-Gemme.

6Je pense, ici, aux personnes et groupes de personnes qui sont cité·e·s dans les extraits et à bien d’autres qui se trouvent probablement quelque part dans le journal.

7La compagnie Augustine Turpaux travaille, depuis plusieurs années, un théâtre d’espaces publics au sens où elle occupe, se déplace et crée dans l’espace public, tout en produisant des micro-espaces publics par les formes qu’elle déploie.

8Situé précisément à la frontière entre Lyon et Villeurbanne, le square nous a ainsi fourni cette thématique de la frontière, que nous continuons à détricoter aujourd’hui en diversifiant les coopérations.

9À ce moment-là, la compagnie proposait, dans les actions auxquelles je prenais part, des dispositifs permettant d’associer d’autres praticien·e·s, y compris aux moments théâtraux. J’ai donc pris l’habitude de prendre part à l’ensemble du processus consistant à récolter des témoignages dans l’espace public et d’en produire des scénettes le jour même, elles aussi jouées dans l’espace public. https://cieaugustineturpaux.com/protocole-des-marches/.

10Vous le trouverez sur le site www.defluences.fr/.

11Inscrit depuis peu en doctorat, je pratique, depuis 2014 et la fin de mon master 2 en sociologie politique, ce que j’ai nommé tantôt « Recherche en friche », tantôt « Doctorat sauvage » ou encore « Recherche-Action-Publique-Public » (RAPp) entre pratiques artistiques, sociologiques et d’espaces publics.

12J’ai conscience d’avoir une vision rétrécie et scolaire de l’écriture.

13La base du dispositif mobile est constituée d’une « charrette » récupérée.

14Au moment du workshop, se prépare le déménagement de trois personnes de notre colocation avec qui je vivais depuis plusieurs années maintenant. Certain·e·s sont des membres de ma famille.

15À ce moment-là, je n’étais pas pleinement attentif à la situation car une étudiante étrangère, plutôt discrète, ne pouvait pas accéder aux propos parfois brouillons ou abstraits de mon journal. En en discutant avec elle, je n’ai pas vraiment réussi à savoir si elle avait pu retirer quelque chose de cette expérience de lecture collective. Le fait de ne pas m’être saisi de cela au démarrage constitue une sorte d’échec mais aussi un apprentissage conséquent, notamment afin de penser les situations de partage du journal et de la recherche en train de se faire.

16Chaque jour, sur le temps de midi, nous accueillions des invité·e·s pour échanger avec elles sur les enjeux en lien avec la politique de la ville. Ce jour-là, trois invité·e·s représentant le groupe « partenaire-commanditaire » du projet nous rejoignent.

17Ici, je distingue « l’Institution » des institutions. Cette distinction, opérée maladroitement dans le journal, s’inspire de l’analyse institutionnelle et notamment des travaux de René Lourau. L’institution est pensée à travers un mouvement institué (ce qui est) et instituant (ce qui advient). Des postures (des positions instituées) parcourent ce que j’appelle plus communément et aléatoirement des institutions (une mairie, un bailleur, la famille). Cependant, ces postures ne sont pas immuables, et il nous appartient de produire individuellement et collectivement des mouvements instituants qui viennent ébranler, parfois l’espace d’une minute, les positions instituées, y compris les nôtres. Ce qui opère est parfois imperceptible. Il ne s’agit pas de déstabiliser les personnes, mais plutôt de participer à la production d’espaces égalitaires, communs et en commun. Des espaces où nous sommes en présence.

18Le terme contre-vent renvoie, pour moi, à ma lecture du livre La horde du contrevent d’Alain Damasio. Pour les étudiant·e·s, il s’agit surtout, à ce moment-là, d’un renforcement permettant à du mobilier de mieux tenir, notamment face au vent.

19Il s’agit d’une référence au livre Les trois écologies. Guattari Felix. (1989). Les trois écologies. Paris, France : éditions Galilée.

20Le séminaire national des Fabriques de sociologie se déroule à l’université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis en marge du laboratoire de sciences de l’éducation EXPERICE. C’est dans cet espace de partage d’expériences, notamment celle de la tenue d’un journal, que j’ai été sensibilisé à cette pratique, plus qu’au travers de la tradition diariste, très forte dans le laboratoire. Plus qu’une pratique du journal, c’est une pratique de l’attention qu’il m’a été donné de découvrir, notamment au travers des travaux et interventions de Myriam Suchet, Aleks Dupraz, Nicolas Sidoroff ou encore François Deck, ainsi que des différents journaux et travaux de Pascal Nicolas-Le Strat.

21Je fais ici l’hypothèse que la situation du workshop, avec un enjeu pédagogique fort, a fait ressortir cette potentialité pédagogique de la pratique de journal. Il n’en demeure pas moins que le journal n’est pas magique et, s’il a une potentialité pédagogique, elle se trouve d’abord dans une attention forte au processus et au contexte de son élaboration et de son partage. Le partage de cette écriture diaire ne me semble pas pouvoir se standardiser. Il produit la situation et vice-versa. Au moment-même où le journal venait déconstruire des postures, il s’est mis à en produire de nouvelles. C’est probablement ce mouvement qui, s’il est saisi sur le vif, permet de décaler des situations.

22Comme à d’autres endroits dans les extraits partagés ici, j’ai envie de venir en développement et d’objecter ce que j’ai moi-même écrit. Notamment parce que je sais que cela va être lu. Mais, encore une fois, il n’est pas question de cela dans le présent exercice. Il n’en demeure pas moins que la relecture de ces passages sur la critique m’invite, dans mon travail, à préciser les situations, les mots, pour moi-même. Qu’est-ce qu’une critique ? Comment s’élabore-t-elle en situation d’implication ? Donc, comment appartient-on à la critique plus que la critique nous appartient ? Ainsi, le choix de cet extrait m’a finalement mis au travail, en parallèle, sur ce terme de critique, et m’aide ainsi à penser ma manière d’agir en situation. Voilà un effet inattendu, mais précieux, du présent partage.

23LISRA : Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Action. GIS : Groupement d’Intérêt Scientifique.

24Il s’agit d’un séminaire portant sur la Recherche-action http://recherche-action.fr/labo-social/2019/03/22/seminaires-recherches-actions/. Sur mon carnet de notes, à la date du séminaire, je retrouve griffonnées quelques expressions et phrases : « Pas une science au service de l’utilité sociale et de la réponse immédiate » ; « Comment articule-t-on distanciation et implication » ; « Productions citoyennes » ; « Inscription sociétale de la production de connaissances » ; « Comment on articule l’objection savante et la production sociétale ». Cette dernière phrase est rattachée, par l’intermédiaire d’une flèche, à la notion de citoyen enquêteur et au nom de John Dewey.

25Au moment d’écrire ces lignes, j’utilise certains extraits du « Journal de bordures » pour un bilan du projet Ville En Résidence. S’il prend une forme très utilitaire pour faire un « bilan », cette démarche alimente une réflexion sur la manière dont le journal participe d’une évaluation, une évaluation prenant une autre forme que celles produites par les institutions publiques dans bien des cas.

26Dans le cadre du projet de recherche-action Mémento, je travaille également au sein de l’occupation temporaire du CCO La Rayonne. Ce projet prend place au sein d’une recherche-action plus vaste : Palimpseste. Dans ce travail d’« archives en expérience », le journal, son partage, vient aussi produire un espace entre recherche et action. https://palimpseste.autresoie.com/2020/01/22/14862/.

27Il s’agit du prolongement de l’expérience Ville en résidence, et plus spécifiquement de la résidence Protopole (de décembre 2019 à janvier 2020). Cette fois-ci, il s’agissait d’une déambulation en costume, seul, dans l’un des quartiers d’implantation de l’association Lamartine. À cette période, le journal est devenu le lieu du retour de cette expérience particulière d’espace public.

28Deux soirées de « sortie de résidence » ont été organisées pour entrer dans Protopole, avec, à chaque fois, une visite déguidée de l’espace d’exposition, sous la forme d’une performance de lectures de journal.

29La distinction me semble ici maladroite car elle vient à contre-courant du travail d’hybridation recherché au sein de ce projet.

30Avec Amaël et d’autres praticien·ne·s, nous partageons ces temps de création. S’il intervient d’abord en tant que technicien son et lumière ainsi que régisseur pendant plusieurs années d’un théâtre lyonnais, les sorties de résidence sont toujours le fruit de notre co-opération. Nous mettons aussi à contribution notre longue amitié, depuis l’adolescence, pour faire ensemble, sur le mode du conseil, de la confidence et de la confiance.

31Une des observations, prévisible mais impressionnante malgré cela, est le nombre de vidéos et photos prises, via des smartphones, de mon personnage en train de déambuler dans l’espace public.

32Je précise le nom de mon personnage : Jean-spaghetti ou JeanSpag.

33Cette affirmation relève plus de l’ordre de l’impression. Un peu rapide, elle se base sur une maigre expérience de spectacle jeune public, elle est donc toute relative.

34Un autre point, qui me semble important, c’est la nature de l’expérience relayée dans le journal. La déambulation, dans l’espace public a donné lieu à des situations qui se prêtent très bien à cette pratique de lecture gesticulée.

35Blanchard, Christophe. (2014). Les maîtres expliqués à leurs chiens. Paris, France : Zones.

36Suite à une discussion avec un des membres du comité de rédaction (que je remercie pour leurs suggestions et relectures précieuses) j’ai fait le choix d’ajouter ces quelques lignes supplémentaires.

37Paradoxalement ce dernier extrait venait conclure l’article.

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